La diversité religieuse

Au temps des prieurés (8e – 9e siècle)

L’histoire religieuse du Val de Lièpvre débute avec la fondation du prieuré de Lièpvre vers 762 par Fulrad, abbé de Saint Denis, puis par la création du monastère d’Echery au 9e fulradsiècle. Sous l’autorité des prieurés, des colons vosgiens s’installent à proximité des établissements religieux et défrichent la forêt en remontant vers le fonds du Val de Lièpvre. S’il ne reste aujourd’hui plus aucune trace du prieuré d’Echery, les sources écrites permettent cependant de se faire une idée assez précise du prieuré de Lièpvre. Celui-ci était établi sur l’emplacement actuel des Cuisines Schmitt à Lièpvre. Il se composait d’une église prieurale d’influence romaine et de bâtiments conventuels cloturés par une enceinte. Entré dans une phase de déclin à partir de 1502, le prieuré est finalement démoli vers 1751 : ses pierres ont servi en partie à bâtir l’actuelle église paroissiale de Lièpvre. Quelques vestiges du prieuré (morceaux de chapiteaux, baptistère…) sont encore visibles dans l’église paroissiale de Lièpvre ou dans le jardin du presbytère.

prieure     baptistere

Le protestantisme et la naissance du mouvement amish (16e – 17e siècle)

La communauté luthérienne est historiquement la plus ancienne. Les idées de la confession luthérienne auraient été introduites à Sainte-Marie-aux-Mines par les mineurs venus de Saxe, l’une des premières région allemande à embrasser les idées de la Réforme. Ouvert à ces idées, Eguenolphe de Ribeaupierre se convertit au luthéranisme en 1547. A Sainte-Marie-aux-Mines, les luthériens disposaient de deux lieux de culte principaux : l’église Sur-le-Pré, spécialement construite à l’usage des mineurs vers 1542, et la chapelle de Fertrupt. Au milieu du 19e siècle, les luthériens font construire une nouvelle église au centre-ville de Sainte-Marie-aux-Mines. Progressivement délaissée, l’église Sur-le-Pré finit par être démolie en 1881 pour agrandir la gare de Sainte-Marie-aux-Mines.

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La communauté réformée apparait vers 1550. Non reconnus par la Paix d’Augsbourg, les protestants réformés sont pourchassés en Lorraine et au sein de l’empire germaniques. Les Ribeaupierre les acceuille néanmoins sur leurs terres dans une semi-clandestinité.

stpierreLe partage de l’église Sur-le-Pré entre les deux communautés tourne court, car les réformés y ont pratiqué des actes d’iconoclasme. En 1561, Eguenolphe de Ribeaupierre procède à une stricte séparation des églises : les luthériens conservent l’église Sur-le-Pré, tandis que les réformés s’établissent à l’église de Saint-Pierre-sur-l’Hâte.

templeEn 1634, la communauté réformée fait construire un temple, dont l’aménagement intérieur reprend les recommandations de Calvin (absence de vitraux, murs nus, bancs en forme de U…). Dévasté par la Guerre de 30 ans, le Val de Lièpvre est repeuplé par l’apport d’une population réformée suisse. Dès lors, vers 1660, la communauté réformée se scinde en deux entités : la paroisse réformée allemande et la paroisse réformée française. Cette séparation restera en vigueur jusqu’en 1827, année où les deux paroisses réformées fusionnent en une seule.

La partie alsacienne du Val de Lièpvre devient également une terre d’accueil pour les anabaptistes. Ce mouvement religieux est fondé vers 1525 par un prêtre originaire des Pays-Bas, Memno Simons, dans les environs de Zurich. Les anabaptistes sont appelés anabaptistesainsi parce qu’ils refusent le baptème des enfants dès leur naissance. Persécutés, des anabaptistes se réfugient dans le Val de Lièpvre dans la seconde moitié du 16e siècle. Sur les terres de Ribeaupierre, ils s’enrichissent en développant l’agriculture et le travail du bois. Cet enrichissement relatif déplaît cependant aux membres les plus radicaux de la communauté. En 1693, c’est le schisme : la branche radicale du mouvement anabaptiste se sépare du groupe des Memnonites et elle s’organise autour de son patriarche Jacob Amann. Ses partisans sont appelés les Amish.

Le patchwork religieux (1648 à nos jours)

L’annexion de l’Alsace par Louis XIV (1648) a des répercussions directes sur la situation religieuse du Val de Lièpvre. Il visite Sainte-Marie Alsace en 1673, et s’offusque de n’y voir que des lieux de culte protestants. En 1685, Louis XIV révoque l’édit de Nantes et ordonne la destruction des temples protestants. L’Alsace jouit d’un statut privilégié, car les protestants y sont forts nombreux. Afin d’éviter une guerre civile, Louis XIV y tolère la présence des luthériens et des Réformés à Sainte-Marie Alsace. Mais pour marquer sa souveraineté, il impose la construction d’une église catholique – l’église Saint Louis – et le partage de l’église de Saint-Pierre-sur-l’Hâte entre les communautés catholiques et protestantes. Selon le principe du simultaneum, les protestants célèbrent leur culte dans la nef, tandis que les catholiques obtiennent le choeur de l’église. Sainte-Marie Alsace voit ainsi apparaître une nouvelle communauté catholique sur son territoire, qui s’ajoute aux communautés luthérienne, réformée et anabaptiste déjà présentes sur le territoire.

La présence des anabaptistes gène une partie des habitants locaux. On les accuse d’accaparer toutes les terres agricoles disponibles. Ces plaintes remontent jusqu’à Louis XIV, qui ordonne en 1712 l’expulsion de tous les anabaptistes du Royaume de France. Dès lors, Amish et Memnonites émigrent massivement vers les Etats-Unis au 18e siècle. Les terres laissées vacantes par les anabaptistes sont reprises par des agriculteurs locaux ou des vallées voisines.

Au 19e siècle et au 20e siècle, les communautés juives et musulmanes viennent s’ajouter à celles déjà existantes sur le territoire. Cette extraordinaire diversité religieuse est encore visible dans le paysage, à travers la vingtaine de lieux de culte qui émaillent le Val de Lièpvre.

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